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25/10/2026 · Édition du soir
SATIRE Les faits sont sérieux. Nous, nettement moins.
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Économie

Inflation en baisse : les prix, eux, refusent de descendre

· Par ToD · 4 min de lecture
Inflation en baisse, ticket de caisse toujours en hausse

Après une année durant laquelle les prix ont pris l’ascenseur, les économistes annoncent une excellente nouvelle : l’ascenseur ralenti. Les ménages sont priés d’applaudir avant de passer à la caisse.

L’inflation baisse, votre ticket de caisse n’était simplement pas au courant

C’est une nouvelle que les Français attendaient.

L’inflation ralentit.

Afin de mesurer l’ampleur de cette excellente nouvelle, prenons un produit fictif à 100 €.

Année N :

+40 %.

Notre produit coûte désormais 140 €.

Arrive l’année suivante.

Miracle.

L’inflation tombe à seulement +2 %.

Les titres peuvent tomber :

« FORTE BAISSE DE L’INFLATION »

« LES PRIX SE STABILISENT »

« LE PIRE EST DERRIÈRE NOUS »

Notre produit ?

142,80 €.

Félicitations, vous venez de gagner -42,80 €

Le consommateur pourrait demander :

« Mais… il coûtait 100 € il y a deux ans. »

Remarque exacte, mais peu compatible avec l’ambiance générale.

Car l’inflation est bien passée de 40 % à 2 %.

Elle a énormément baissé.

Ce qui n’a pas baissé, en revanche, c’est le prix.

100 € → 140 € → 142,80 €.

Un économiste peut alors expliquer que vous confondez inflation et niveau des prix.

Il aura parfaitement raison.

Cela ne vous rendra malheureusement pas vos 42,80 €.

 

Le système possède une propriété merveilleuse : chaque année repart du niveau atteint l’année précédente.

Un produit vaut 100 €.

Après +10 % :

110 €.

Encore +10 % :

121 €.

Puis seulement +2 % :

123,42 €.

On pourra annoncer :

« L’inflation retombe à 2 %. »

C’est vrai.

Le consommateur pourra répondre :

« Mon truc à 100 balles en coûte maintenant 123. »

C’est également vrai.

La différence est que le premier dispose généralement d’un graphique.

Pour revenir à 100 €, il faudrait faire quelque chose d’inconvenant

Supposons que notre produit passé de 100 € à 140 € doive réellement revenir à 100 €.

Il faudrait que son prix baisse.

Et pas qu’un peu.

Pour passer de 140 € à 100 €, il faudrait une diminution d’environ 28,6 %.

Cette situation porte un nom moins apprécié :

la déflation.

Nous obtenons donc un paradoxe remarquable.

Quand les prix augmentent beaucoup, c’est mauvais.

Quand ils augmentent moins vite, c’est une bonne nouvelle.

Et s’ils se mettaient durablement à baisser, cela pourrait redevenir une mauvaise nouvelle.

Le consommateur comprend alors qu’il existe probablement un taux précis auquel il est autorisé à être content.

« L’inflation alimentaire s’effondre »

La France a fourni un exemple récent.

Selon l’Insee, les prix alimentaires ont augmenté en moyenne de 11,8 % en 2023, puis de seulement 1,4 % en 2024.

On peut donc écrire :

« Très fort ralentissement de l’inflation alimentaire. »

C’est exact.

Mais cela ne signifie pas que les hausses précédentes ont disparu.

Cela signifie :

après avoir beaucoup augmenté, les prix ont continué d’augmenter, mais moins vite.

Formulation sensiblement moins festive.

Le ministère de la Bonne Façon de Regarder les Chiffres

Face aux difficultés des ménages, le gouvernement fictif créé un nouvel organisme :

le ministère de la Bonne Façon de Regarder les Chiffres.

Sa mission : présenter chaque statistique sous le bon angle.

Un produit passe de 100 € à 140 €, puis à 142,80 € ?

« L’inflation a été divisée par vingt. »

Votre salaire passe de 2 000 € à 2 020 € ?

« Le pouvoir d’achat fait preuve de résilience. »

Votre paquet de biscuits contient trois biscuits de moins ?

« L’emballage est désormais plus facile à transporter. »

Vous n’arrivez toujours pas à boucler le mois ?

« Le ressenti des ménages diverge temporairement des indicateurs macroéconomiques. »

Attention : l’Insee ne triche pas

Précisons tout de même quelque chose avant de partager l’article sur Facebook avec « JE LE SAVAIS ».

Le calcul de l’inflation n’est pas conçu pour faire croire que les prix sont revenus en arrière.

Le chiffre peut être parfaitement exact.

C’est son interprétation qui peut devenir créative.

Dire :

« L’inflation est passée de 10 % à 2 %. »

est une information.

Laisser entendre :

« Les prix sont revenus à la normale. »

en est une autre.

Et c’est précisément dans l’espace entre ces deux phrases que prospère une partie de la communication économique.

Tout va donc beaucoup mieux

Votre produit coûtait 100 €.

Il est passé à 140 €.

Puis 142,80 €.

Mais l’inflation est tombée de 40 % à 2 %.

Elle a chuté !!!

Votre produit coûte toujours 42,80 € de plus.

Désormais il augmente beaucoup moins vite.

Vous pouvez reprendre votre vie normale.

À condition que votre salaire ait lui aussi augmenté de 42,8 %.

Dans le cas contraire, merci de ne pas gâcher la fête avec votre situation personnelle.


Les faits sont sérieux. Nous, nettement moins.

Le mécanisme économique décrit est réel : une baisse du taux d’inflation signifie un ralentissement de la hausse des prix, et non l’annulation des hausses passées. Les exemples, le ministère fictif et ses citations sont satiriques.

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